"J’ai appris à aimer mon amie lentement, en recomposant chacun de ses gestes, non pas pour les étudier, mais pour m’assurer qu’elle mettait en eux tout ce que j’y mettais moi même de tendresse; je n’ai jamais été déçu. Elle enveloppe tout à la façon d’une vague, elle ne saisit pas, elle soutient, toute chose devient disponible sitôt qu’elle la désire. Mais je ne sais rien en dire puisque je l’aime" René Guy CADOU (La maison d’été)
Une décennie en 100 articles, le livre des 10 premières années d’Esprit critique
Publié: avril 16, 2013 dans UncategorizedESPRIT CRITIQUEOK(hd) – copie (1) – copie (Cliquez sur le lien; le sommaire est interactif)
A retrouver également sur le site de la Fondation Jean-Jaurès, avec les nouveaux numéros d’Esprit critique, tous les quinze jours
Poids et plumes, pour la nouvelle série d’Esprit critique
Publié: avril 16, 2013 dans Articles politiques
En son temps, pour narrer ses folles aventures au coeur du plus prestigieux des palais de la République, Erik Orsenna avait inventé Gabriel, mi Casanova-mi François Pignon, personnage lunaire et timide doté d’une mère aussi attachante qu’improbable et partout poursuivi, le plus souvent pour son bien, par un griot sénégalais. Ce "roman", puisqu’ainsi la couverture de *Grand amour* présentait-elle l’ouvrage, narrait l’histoire aussi crédible que fantasque d’une Plume présidentielle, homme d’édition pour un long moment préposé aux écritures mitterrandiennes de tous ordres, homme de lettres plongé dans un bain politique à très forte capacité d’ébullition, et pour une large part de son temps malgré tout errant, au gré de rencontres insolites et sensuelles, dans un palais de l’Elysée qui n’est jamais plus intéressant que la nuit, le dimanche ou lorsqu’on le quitte.
Derrière l’évident exercice de style, parfait clair obscur entre fiction et réalité, les éclairages les plus essentiels qu’une telle position peut apporter étaient finement restitués. Rapport au Grand homme, relation au pouvoir et à la politique, jeux de cour, exercices de cabinet, fabrique des discours…, c’est une véritable anthropologie romanesque du pouvoir que restituait l’ouvrage d’Erik Orsenna, vue de sa singulière position de tresseur du verbe présidentiel. Au final, la geste mitterandienne en sortait plutôt grandie, sans qu’à aucun moment n’affleure l’exercice d’auto-célébration ou l’hagiographie, fut-elle romancée.
Made in Germany, pour la nouvelle série d’Esprit critique
Publié: avril 16, 2013 dans Articles politiquesChacun garde en mémoire la fine formule attribuée jadis à François Mauriac : "j’aime tellement l’Allemagne que je suis heureux qu’il y en ait deux". Le pays réunifié au sein d’une Europe plus (si ce n’est mieux) rassemblée que jamais, on pensait le bon mot daté. Si l’on en croit Guillaume Duval, il y aurait pourtant toujours deux Allemagne. L’une déploie un modèle économique et social à la réussite insolente, dont les forts agrégats semblent ramener la France à son déclin inéluctable puisque incessamment annoncé. Déclin, selon de nombreux observateurs, que seule l’imitation scrupuleuse des recettes venues d’outre-Rhin serait à même d’enrayer.
1er article d’une série 100% bio sur les influences.fr
Publié: décembre 13, 2011 dans Mélange d'articlesIl est sûrement des moments plus propices que d’autres pour relire sa vie. Lorsque l’on est sur le point d’y mettre fin, par exemple.
Le 8 juin 1979, Jean-Louis Bory trace le portrait de cet être en lui qu’il a toujours escamoté aux regards des autres, même les plus proches : "je débusquais en moi, sous la défroque clinquante du "brillant jeune homme", le vieil imposteur, le tricheur à qui la verve et la rapidité de son débit, sinon de son intelligence, ont permis de jeter de la poudre aux yeux d’un public étourdi par ses astuces de bonimenteur et de parade foraine".
Le 11 juin, de retour dans sa retraite de Méréville, il tirait deux coups de feu en forme d’épilogue à cette double existence : d’abord au plafond, puis droit dans le cœur.
Chevènement contre la langue de coton (article pour Esprit critique, également publié par les Influences.fr)
Publié: février 9, 2011 dans Articles politiques, Uncategorized
Jean-Pierre Chevènement : « La France est-elle finie ? » (Fayard ; 19 euros)
Il est des temps comme ceux là où peu de voix semblent percer le duvet cotonneux d’un débat politique sans trop d’aspérités. Conforme jusque dans ses exagérations, le forum se rapetisse dans des proportions qui finiront par faire douter de son existence même. L’eau tiède envahit tout et l’on passe son temps à se demander si l’on a trop froid pour ce qu’il fait chaud ou trop chaud pour ce qu’il fait froid. L’air du temps s’est climatisé à outrance.
La France ne s’ennuie pas. Elle nous ennuie.
Non que les idées fassent défaut. Tous horizons confondus, jamais l’on a brassé autant de concepts, produit autant de notes et écrit autant de savants ouvrages. Fondations, think tanks, partis, sites web…, la géographie des idées présente de jolis contours.
Non que les talents désertent. A chacun d’apprécier ici la silhouette de son champion, ou de ses puisque le pluriel n’a jamais été une forme de conjugaison interdite ou inopérante en politique.
Non surtout que les enjeux manquent. Inégalités, mal être, déséquilibres liés au mode de développement, tensions internationales, défis sociétaux…, la vie et le monde ne cessent de tirer par le bas de leur toge des élites souvent dépassées.
Alors ?
Thank you think tank (pour lesinfluences.fr)
Publié: novembre 11, 2010 dans Articles "vie des idées"
Selon une bien méchante légende, au moment d’être passé par les armes, Pancho Villa se serait trouvé dépourvu de la moindre petite sentence à offrir en pâture à l’Histoire. Au désespoir, il se serait alors écrié : "Dites que j’ai dit quelque chose !". Sur ce 1er forum des think tanks, qui réunissait à Paris Sorbonne-Centre universitaires Malesherbes, 23 formations aussi disparates que L’association pour la Fondation de l’écologie politique et L’Institut de l’entreprise, sans oublier le CRREA de Jean-François Kahn, il a bien failli m’arriver pareille mésaventure.
Non qu’il faille déplorer l’échec d’une manifestation par ailleurs fort bienvenue : victime au contraire de son succès (800 personnes sur la journée), elle connut même l’un de ces petits bugs d’organisation qui comme chacun sait sont le symptôme presque inévitable des initiatives jeunes et dépourvues d’arrière-pensées. Cette affluence était bien le signe d’une curiosité profonde pour des think tank séparément encore mal connus, et qui pour la première fois avaient pris le parti de s’afficher en bande.
Collectif, sous la direction d’Emmanuel LEMIEUX : "L’annuel des idées 2010" (Bourin Editions)
Quoi de plus réjouissant qu’un ouvrage consacré aux idées et qui entame ses 461 pages d’analyses, portraits et débats par une petite leçon sur la sérendipité, soit "l’art de faire des trouvailles". Surtout lorsque ce barbarisme désigne précisément "la faculté de trouver ce que l’on ne cherchait pas et que l’on surmonte". Appliqué à un homme politique français dont la récente prestation télévisée de médecin malgré lui a eu récemment un certain succès, ce serait de trouver la porte du 55 faubourg Saint-Honoré en partant faire une course sur Virginia avenue.
Autre concept tonique utilisé pour ouvrir cette annuel 2010, l’abduction, ou l’art d’élaborer des hypothèses à partir de fait étonnants. Rien moins qu’une salutaire incitation à pratiquer une "désobéissance productive" dans le domaine des idées, incitation que les auteurs illustrent in petto en multipliant les angles neufs, les portraits décalés et les concepts iconoclastes. Un "festival d’intelligence" donc, et un opuscule qu’il sera plus profitable à l’honnête homme de dégainer que de dédaigner.
Taylor BRANCH : « Clinton Tapes » (Flammarion ; 21 euros ; 2010)
Petites alcôves et grande Histoire font parfois de drôles de rencontres. Ainsi, sans le bras de fer engagé entre Bill Clinton et le congrès sur la question cruciale de la dette, il n’y aurait pas eu suspension du gouvernement. Sans cette suspension, la Maison blanche n’aurait pas été vidée de la presque totalité de son personnel, ne laissant en présence que le président et quelques stagiaires. Et jamais Monica Lewinsky et Bill Clinton n’auraient alors eu la tentation de s’isoler pour de lestes conciliabules lesquels, aussi discrets fussent-ils, devaient pourtant être entendus de la planète toute entière.
Présentée ainsi, l’histoire est finalement moins sévère pour le président des Etats-Unis d’Amérique, victime une fois de plus des manœuvres d’un congrès hostile. Saisie au fil du récit que nous livre Taylor Branch, cette relecture assez enlevée en dit long sur le niveau critique de son livre. Joinville de Bill Clinton, l’auteur de "America in the Kings years" a inventé l’embaumement sans douleur.
Olivier BAILLY : "Monsieur Bob" (Ecrivins; Stock; 14,50 euros)
Robert GIRAUD : "Le vin des rues" (Ecrivins; Stock ; 15,50 euros)
Jean-Paul CLEBERT : "Paris insolite" (Attila ; 22 euros)
Philippe MEYER : "Un Parisien à travers Paris" (Robert Laffont ; 17 euros)
En ce temps là, coude au comptoir, l’on savait être facétieux. A l’heure de commander, vous pouviez sans indisposer quiconque opter pour un staline, un socialiste, un chômeur ou un mendès, soit un verre de vin rouge, un rosé, un verre d’eau ou un demi de lait. Les mélanges étaient déconseillés (l’Histoire a prouvé qu’ils n’étaient pas toujours digestes) et quelque soit la combinaison, l’épilogue était écrit d’avance. Une affichette fort opportunément placée au dessus du bar vous le redisait en terme simples : "Surtout n’oubliez pas de payer. Même si vous buvez pour oublier". Lire la suite »

